Ultra Marin - Grand Raid - 2012

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage, je vais essayer de vous faire partager mon odyssée autour du Golfe du Morbihan.

Un an après ma première tentative qui s’était soldée par un abandon sur blessure vers le 120ème km, je suis à nouveau au départ de l’Ultramarin raid du golfe du Morbihan : 177 km soit le plus long trail en une étape de France. Il s’effectue en boucle au départ de Vannes et inclut une traversée du Golfe en bateau.

Peu de temps avant le départ, je retrouve Gilbert de l’OA35 Chavagne que j’avais vu sur la liste des inscrits.
Nous nous racontons nos préparations respectives. Il me semble très zen, ce qui n’est pas vraiment mon cas.
En effet, je me suis mis une grosse pression et malgré une bonne préparation, je sais que trop de paramètres ne peuvent être maitrisés. Nous sommes 617 au départ et il n’y aura que 55% de finishers…

Nous décidons de partir ensemble. A 19H00 le départ est lancé et nous trouvons rapidement notre rythme de croisière à 9 km/h. Nous progressons en profitant au maximum des paysages et des quelques heures de jour qui nous sont octroyées. Dans l’euphorie du départ, beaucoup de coureurs nous doublent, nous sommes assez surpris car certains n’ont pas vraiment des physiques d’athlètes. On dit qu’il ne faut jamais se fier aux apparences, bon je veux bien mais quand même…

Le premier ravitaillement est atteint à Séné au km 18 en un peu plus de 2 heures. Beaucoup de monde sur ce ravito et je perds le contact avec Gilbert.

Une première alerte intervient ; je suis pris de troubles digestifs dus soit à une boisson diététique trop concentrée, soit parce que j’ai consommé des abricots secs au ravito de Séné (J’ai appris depuis que c’était un laxatif puissant), soit pour les deux raisons. Toujours est-il que vers le 30ème km l’arrêt technique devient obligatoire. La suite se passe de détails ; un quart d’heure de solitude avant de reprendre ma place dans cet étonnant ballet de lucioles que forment les lampes frontales des coureurs.

Je rejoins le ravitaillement du 38ème km un peu fébrile mais le bide va mieux. Je retrouve Gilbert qui me croyait devant. Je m’alimente bien et je fais le plein d’eau puis je repars en marchant pour attendre Gilbert qui tarde un peu. Ne le voyant pas revenir, je reprends ma progression vers le gros ravitaillement de Sarzeau au km 58 que j’atteins en un peu moins de 7 heures. Il y a déjà eu un gros écrémage de fait et nous ne sommes pas très nombreux à ce ravito. Le buffet est bien garni, jambon, fromages, potage, … j’évite le saucisson sec qui a pourtant beaucoup de succès et m’attable pour manger des pates et du riz au lait. Pas très équilibré non plus…
Extra ! Il y a même de la boisson énergétique sur ce ravito ; je fais le plein avant de partir sans prendre la peine de gouter ; ce qui va s’avérer être une grosse erreur… En effet, pour répondre à un phénomène d’écœurement du sucré pendant les efforts longs, des aliments salés sont proposées par les différentes marques de produits énergétiques. J’avais essayé les gels saveur cacahuète que je n’avais pas particulièrement appréciés. Mais cette potion infâme au gout très artificiel de soupe de légumes, je ne connaissais pas et je ne me suis donc pas méfié. Ce goût très tenace persistera jusqu’à la fin de la course.

Bon, il ne faut pas s’éterniser car il y encore pas mal de route à faire. J’emboite le pas d’un coureur, histoire de ne pas affronter la nuit noire tout seul car j’avoue que c’est assez flippant. J’ai donc couru pendant une heure environ avec Thierry (je crois) de Rennes qui n’a jamais fait une course plus courte qu’un marathon et a déjà plusieurs participations au Raid du golfe à son actif qu’il a toujours terminé. Dans cette partie, beaucoup de zones humides qui freinent notre progression ainsi que le début des montées et descentes d’escaliers qui vont maintenant commencer à jalonner notre périple. C’est également sur ce tronçon que je chute après avoir mis le pied gauche dans le seul trou présent sur le chemin ; un trou de 29 cm de diamètre soit exactement 1 cm de plus que la longueur de mon pied. “! M N L ! Quel c…” ! Plus de peur que de mal, et je me relève avec juste une égratignure au genou. C’était la 2ème alerte, qui me rappelle que la vigilance doit être permanente pour repérer les obstacles qui se présentent. Jusque là, j’étais sans doute trop obnubilé par les racines qui jonchent en grande partie les sentiers et qui m’avaient empêchées de finir l’année dernière.

Le ravito du 79ème km est atteint en environ 10H00. Le temps de m’asseoir un peu pour boire un café et de faire le plein d’eau et c’est reparti. Se remettre à courir aussitôt après un arrêt devient difficile et je marche donc sur quelques dizaines de mètres avant de me faire violence et retrouver mon petit rythme de croisière. Bientôt la moitié de fait. Je cours le plus souvent tout seul, en remontant de temps en temps quelques concurrents. Depuis pratiquement le début, dès que ça monte je marche ce qui a l’avantage d’étirer un peu les jambes sans faire baisser sensiblement ma moyenne. Certains coureurs adoptent la méthode Cyrano qui consiste à alterner 2 minutes de marche toutes les 20 minutes. Ça a l’air assez efficace. Pour bénéficier d’un peu de compagnie, je suivrai pendant quelque temps cette méthode avec un petit groupe.
Alors que je me retrouve à nouveau seul, au détour d’un chemin, je me fais surprendre par une nuée de 3 photographes alors que le soleil se lève dans un cadre splendide. Les photos devraient être sympas !

J’arrive à l’embarcadère de Port Navalo après 12H15 de course. Il est donc 7H15 et j’ai mon premier gros coup de barre. Impossible de dormir pendant les 15 minutes de traversée en zodiac : trop inconfortable, trop de vent et surtout trop froid. D’y repenser, j’en claque encore des dents ! La descente du bateau est difficile, les muscles sont tétanisés. Il reste 2 km pour rejoindre Locmariaquer où nous attend notre sac d’assistance. En arrivant sur le stade, je croise Stéphane de Chateaugiron avec qui j’avais passé un week-end dans l’Aveyron à l’occasion de la course des templiers. Il avait fini 15ème l’an dernier et finira 18ème cette année. On s’encourage.

Je resterai près de 40 minutes à ce ravitaillement, le temps de prendre une douche, de m’appliquer un massage à l’huile Velléda sur les mollets et bien sur de me ravitailler. Je regrette de ne pas avoir prévu une tenue de rechange complète comme beaucoup de coureurs.. Mes chaussures et mes chaussettes sont imprégnées de boue et les changer n’auraient pas été un luxe. Quelques coureurs s’installent pour dormir sur les lits de camp disposés à cet effet. En ce qui me concerne, la douche m’a bien requinquée et je ne ressens plus la fatigue.

C’est reparti pour une vingtaine de km qui n’ont pas particulièrement marqué ma mémoire. Le ravito de Crach, 117ème km est atteint en 15H40 il me semble, donc à peu près dans les mêmes temps que l’année dernière. 2 km après je repasse non sans une certaine émotion à l’endroit ou j’avais été contraint d’abandonner. Maintenant, je suis dans l’inconnu et je prends conscience que je n’ai aucune garantie sur ma résistance à ce type d’effort, n’aillant jamais couru autant de km.

Au km 131, il n’y a pas de ravito mais juste un pointage où on m’annonce mon classement pour la première fois : 41ème. Une erreur d’aiguillage d’environ 500 – 600 mètres due à un manque d’attention puis 2 autres moins conséquentes, la fatigue est bien installée et je perds en concentration. Il va falloir faire avec maintenant. Peu après je rejoins des coureurs dont Laurent (Je crois) et Michel. Des groupes se scindent et se reforment au gré des défaillances chroniques voire définitives pour certains. Pendant quelques heures, avec Laurent le Parisien qui fait le raid pour la 1ère fois et Michel le Lavallois, multiRAIDcidiviste au CV bien rempli (UTMB, Diagonale des fous…), on s’encouragera. On se fixe des objectifs qui semblent maintenant moins insurmontables. Plus qu’un marathon à courir … Je suis à nouveau victime d’un gros coup de barre qui passera peu après la consommation d’un gel.

Km 138, Ravito de Larmor Baden, l’arrêt est assez long car je prends le temps de manger copieusement pain et fromage, purée au gruyère, riz au lait… Un concurrent est couché sous sa couverture de survie, encore un qui n’ira pas au bout de son défi.

J’ai un peu de mal à situer si c’était avant Arradon Le Moustoir au km 153 ou après, mais je me souviens d’un passage très typé trail avec des blocs rocheux à franchir puis encore une zone marécageuse. J’avance plus comme un robot et avec du recul les souvenirs sont plus limités. Je me retrouve à nouveau seul et je rattrape au coup par coup quelques « morts ». Je m’imagine jouer au jeu vidéo Pac-Man. En « mangeant » des concurrents, je gagne des vies et bien sûr plus je suis vivant plus j’augmente mes chances de rallier l’arrivée. Et ça marche plutôt bien puisque me voilà bientôt au km 163 au dernier ravitaillement de la course. Il reste donc 14 km et on m’annonce 33ème. J’en suis à 23H20 de course et depuis déjà quelques heures, je fais des estimations sur le temps qu’il me reste pour arriver. Si je fini à 7 km/h ce qui est probable ça fera 2 H donc 25H20. Comme je crains toujours une défaillance je calcule aussi avec une vitesse de 6 km/h ce qui ferait 25H40. Même pour le 2ème scenario ; je signe tout de suite !

En arrivant en haut d’une côte, suis pris d’un grand doute en voyant le marquage au sol. En effet une flèche orange indique le sens contraire de celui vers lequel je me dirige avec l’inscription « prendre chemin à droite ». Pour assurer, je prends la décision de revenir sur mes pas mais pas le moindre chemin à droite ni à gauche d’ailleurs. Je ne comprends rien. Par chance, un organisateur s’arrête en voiture à ma hauteur ; je lui demande de me confirmer que je suis dans la bonne direction. Il hésite, ne sait pas trop et il poursuit sa route en me laissant dans ma m… Je suis en furie
! M N L  Après avoir redescendu la cote pour vérifier le balisage, je prends la décision de ne pas tenir compte de ce marquage pour le moins déstabilisant et je finis par me rassurer en retrouvant des balisages plus cohérents. Encore 400 mètres de rab qui risquent de peser lourd dans le bilan final.

J’ai les yeux rivés sur mon GPS et la fin est interminable mais je cours toujours et même de plus en plus vite. Je continue à doubler quelques concurrents mais alors que je finis sur un rythme jamais atteint pendant toute la course, je me fais doubler par la première féminine et son accompagnateur homme qui a du mal à suivre son train d’enfer. Impressionnant !

Les 14 derniers km seront courus en presque 10 km/h de moyenne. Annick, une fois n’est pas coutume a raté mon arrivée un peu de ma faute car à 8 km de l’arrivée je lui ai dit qu’il me restait 1 heure de course minimum alors que 45 minutes plus tard je passerai sous l’arche en 24h49 après un dernier km de folie ; 30ème sur 340 finishers.

Heureux d’avoir souffert et pris du plaisir (Compréhensible que pour les initiés !), heureux d’avoir fait de belles rencontres, heureux d’avoir profité d’un cadre exceptionnel, heureux surtout d’avoir vaincu les 177 km… Heureux comme Ulysse.

Philippe