La Diagonale des Fous - 2012

Après un an d’entrainement intensif, le jour J est enfin arrivé.

Nous sommes le 18 octobre, il est 22h00. Près de 2700 trailers s’agglutinent derrière la ligne de départ à Cap Méchant. Il règne une ambiance particulière, mêlée de folie, d’enthousiasme mais aussi de stress pour certains. Dominique COJEAN (président du Club de Chartres de Bretagne) m’accompagne.
Nous avons décidé de relever ce défi ensemble. Pour lui, ce sera une deuxième participation.

Après le feu d’artifice qui a annoncé le départ, une foule de supporters s’étale sur plus de trois kilomètres. L’ambiance est au rendez-vous. Ce sont des familles entières qui nous encouragent.
Ici sur l’ile, la Diagonale des Fous est un événement très attendu et cette vingtième édition, tout particulièrement.

Sont parmi nous les 15 derniers vainqueurs de cette course. Évidemment, Killian JORDAN, en tant que grand favori, en fait partie.

Cela fait 15 minutes que nous sommes partis et la pluie s’invite déjà sur le parcours.
Après environ 8 km de plat, nous attaquons la montée vers le volcan, une montée éprouvante avec un dénivelé d’environ 2400 m sur 20 km. IL nous faudra près de 7 heures pour rallier le Volcan du Piton de la Fournaise. A ce moment précis, on ne distingue plus dans la nuit qu’un serpent de lumières qui progresse doucement dans la montagne.
Déception à l’arrivée, la brume s’est emparée des lieux et à aucun moment, nous ne pourrons apercevoir le cratère.

Après ce lieu mythique, nous nous dirigeons vers Mare à Boue. Cet endroit porte bien son nom au vu des conditions dans lesquelles nous l’avons traversé. La pluie est toujours au rendez-vous et le froid nous paralyse. Il fait moins de dix degrés et les gants et le bonnet sont devenus indispensables.
Tout au long de cette étape, ça ne sera que boue, glissades, pertes d’équilibre pendant six heures. Cette partie du parcours excessivement difficile me laissera ainsi qu’à mes chaussures un souvenir inoubliable.

Ça fait près de 11 heures que nous sommes partis et nous atteignons le sommet le plus haut du parcours. Nous arrivons au gite du Piton de la Fournaise situé à 2500 m d’altitude. Ici comme lors des étapes précédentes, nous profitons rapidement du ravitaillement : coca cola et soupe chaude très appréciés.

Puis nous nous dirigeons vers Cilaos. Deux heures et demi de descente interminable : des centaines de marches très irrégulières et un chemin très escarpé. Cilaos nous apparaît enfin. Ici nous aurons notre vrai repas chaud. On en profite pour changer de tenue et se reposer une demi heure. Se reposer est un grand mot, je devrais plutôt dire somnoler.

Nous avons parcouru 70 km, mais pour tous les raiders ayant déjà participé à cette course, l’avis est unanime : le plus dur reste à venir.
Il faut savoir qu’à ce niveau, il y aura près de 30 % d’abandons.
Ce n’est pas très rassurant, mais nous n’avons qu’une idée en tête, repartir.
Ce qui me motive d’autant plus c’est que mon ami « Dom » qui avait initialement prévu de s’arrêter à Cilaos, poursuit l’aventure avec moi.

Nous repartons pour une seconde nuit de galère. Il est environ 19 heures, mais sur l’Ile de la Réunion, il fait déjà nuit noire. Nous traversons le cirque de Mafate ainsi que Sentier Scout. Nous ne voyons pas grand chose, trop attentionnés à suivre les faisceau de notre lampe frontale. Il est environ 5h et à cet instant précis, je croise mon ami Dominique Denion avec qui nous échangeons quelques mots. Il vient juste de prendre le départ de la Mascareignes. On ne se reverra que sur le lieu de l’arrivée.
Je poursuis l’aventure avec Dom et nous arrivons à Ilet à Bourse à 8h du matin.
À cette étape, une pause petit-déjeuner : re-coca, re-soupe et enfin un café chaud. La fatigue commence à se faire sérieusement sentir.

Nous poursuivons notre périple pour arriver au ravito de Roche Plate. Il est 13h30. Ici, il sera indispensable de recharger les batteries, remplir le Camelback. Il fait plus de 30° et nous allons affronter la plus grosse difficulté du Grand Raid.
En effet, à l’occasion des 20 ans de la Diagonale des Fous, les organisateurs ont eu la fabuleuse idée de nous faire passer le Maido : 2000 m d’altitude, dénivelé de 25 à 30 %. Il nous faudra 4 heures pour franchir cette étape. Après 3 kilomètres de descente, nous pourrons nous restaurer : re-coca et re-soupe chaude.

Nous entamons la grande descente vers Sans Souci, étape qui cette fois ne porte pas vraiment bien son nom. Eh oui ! Ampoules, échauffements ainsi qu’une tendinite au genou gauche ont fait leur apparition. Le strapping est devenu pour moi indispensable.
Il est 21 h et nous allons devoir affronter notre troisième nuit sans dormir.
Durant cette longue nuit, nous traverserons successivement les étapes de la Rivière des Galets, du Chemin Ratineau, pour arriver à la Possession vers 5h30. Le jour s’est levé et nous apercevons enfin la mer. Nous sommes très fatigués physiquement. Nous sommes à ce moment déçus d’apprendre qu’un de nos copains pourtant très motivé a abandonné à 14 km de l’arrivée. À cet instant, c’est le mental qui prend le dessus. Nous n’avons plus qu’un objectif, rallier le stade de la Redoute.

Dernière difficulté, nous abordons l’étape de la Grande Chaloupe où nous arriverons à 9h. Le chemin de pierres de lave qui nous mène à Colorado, nous paraît interminable : 10 km de montée sur des pierres volcaniques plus ou moins stables.
Il est 11h45 et enfin nous apercevons le dernier ravitaillement. Ici, nous prenons environ une heure pour nous restaurer une dernière fois avant l’arrivée.
Nos pieds nous font de plus en plus souffrir et nous profitons de cette halte pour leur redonner un semblant de jeunesse (pommade NOK).

Il nous reste 5 km de descente à parcourir. À ce moment du parcours (très technique), un regroupement de trailers se forme à l’approche de l’arrivée. Nous entendons les commentaires du speaker et l’émotion commence à se faire sentir.

Encore 500 m et nous pénétrons sur le stade. L’ambiance est au rendez-vous !
Lorsque nous arrivons, tous nos amis et la famille sont là et nous accueillent dans une joie indescriptible.

Pour parcourir environ 177 km, nous aurons finalement mis 64 h 4 mn et 14 s. Nous avons survécu à la mythique Diagonale des Fous.

Cette expérience restera à jamais gravée dans nos mémoires.

Cette épreuve sportive m’aura permis de me dépasser physiquement mais aussi mentalement et les sensations ressenties sont pour moi tout simplement indescriptibles.

Pascal