UltraMarinTrail56_2012Vannes, Juin 2012. Bien sûr pour certain coureurs, c’est très anecdotique mais pour Nelly sa belle participation au Trail 56km à Vannes mérite d’être signalée parce qu’elle le vaut bien.

Histoire de rétablir un peu de parité sur les longues distances, il y a quelque temps elle s’est demandée pourquoi ne s’y essaierai-t-elle pas? En tant qu’accompagnateur je peux vous dire qu’elle s’y ai bien préparé et a bien gérer son parcours. Oh bien sûr elle n’a que deux marathons à son actif, mais chiche, c’est décidé elle fera le 56km de l’Ultra Marin. Un petit défi…

Elle s’inscrit de bonne heure pour être certaine d’y participer et me demande de lui trouver des préparations spécifiques en 8 semaines. En faisant un mixte de 3 ou 4 de celles-ci, et en y intégrant
quelques trails (Châteaubourg, St-Gilles, Bain/Oust, la Passagère, les Ebihens, Guerlédan), elle se concocte une préparation toute personnelle mais qui va bien lui convenir. La preuve.

Il n’empêche, à l’approche de la date fatidique un petit peu d’appréhension la gagne.

Le samedi 23/6 après-midi, à la remise des dossards sur l’esplanade du port de Vannes on nous renseigne que les 2 premiers du Grand Raid 177 km sont déjà arrivés. Le troisième est prévu dans 3/4 d’heure. Comme de plus on a peu de chance d’assister à l’arrivée de Philippe qui a prévu son temps autour des 24h on décide de se rendre tout de suite au départ du 56km au Bono. Arrêt au petit port du Bono où là on encourage les participants du 177, dont le parcours rejoint celui du 56 ici. Certains ont bien besoin d’être encouragé. Et dire qu’ils ont encore 56km à faire, pas difficile de pronostiquer que ceux-là n’arriveront qu’après la nuit, demain dans la journée.

Bon, c’est pas le tout mais faut y aller Nelly! On remonte la petite côte pour nous rendre au départ. Déjà beaucoup de monde et l’animateur au micro fait les présentations. Parmi celles-ci il y a quand même le champion du monde de trail, Erik Clavery, une référence. (il mettra 3h 56). Nelly me demande si je n’ai pas vu Yannick qui doit être là, dans ce regroupement. Non, nous ne le voyons pas parmi les 906 participants. 18h. Le départ enfin. Si les premiers partent comme pour un 10km, derrière pour la masse c’est plus cool, ça trottine, ça discute, des grands saluts aux nombreux spectateurs du départ. Plusieurs jeunes brandissent des panneaux identiques: “vas-y papa!”, “vas-y dédé!”, “vas-y tonton!”, “vas-y papi!”. Il s’agit sûrement de la même personne qui a pas mal de supporters. Au vol je vois Nelly discutant avec son voisin disparaître au 1er virage. Une belle ambiance de départ.

Oui mais maintenant qu’est-ce que je fais durant les 7 ou plus probablement 8h qu’elle pense mettre pour rejoindre l’arrivée? Comme elle m’a laissé une carte précise du parcours je vais prendre mon temps pour rejoindre Vannes en tentant de l’encourager à différents endroits accessibles.

Au ravitaillement du 17e km par exemple, à Larmor-Baden ça doit être possible. C’était pas prévu, voilà qu’en travers de la route des barrières partout. Impossible de passer. C’est la fête à Baden. Bon je vais prendre des petites routes sans trop savoir où elles mènent. Pourvu que Nelly n’aille pas trop vite..! Finalement non, j’arrive au ravito et les 1ers du 56 ne sont pas encore passés. Ici c’est bien organisé. Sous des tentes ouvertes des lits picots où quelques concurrents du 177 affalés, récupèrent. Des tablées où d’autres se restaurent avant de repartir. Je n’y vois pas Philippe, c’est bon signe, il est passé il y a longtemps. Je m’avance quelques mètres entre les maisons et là je découvre la très belle anse de Locmiquel. Il fait très beau et on les voit arriver de loin. Pas de problème pour différencier les 1ers du Trail 56 qui déboulent parmi les participants de l’Ultra Raid 177 qui, eux, marchent pratiquement, les jambes bien raides. Enfin voilà Nelly qui à l’air à l’aise ma foi. Ce n’est que le début.

Je n’ai pas loin à faire pour traverser la presqu’île et rejoindre un petit carrefour au 20e km où se trouve déjà un bon groupe de supporters. Nelly passe sans problème, facile, ayant pris son rythme de croisière sans s’occuper du reste apparemment.

Je file vers le 24e km en pleine campagne. J’ai à peine le temps de monter sur le talus au bord de la piste cyclabe que je la vois déboucher au virage en épingle à la tête d’un petit groupe de 4 mecs qui tentent de la suivre (ça, c’est moi qui le dis). “Oh Nelly, vas pas si vite, j’ai pas le temps d’arriver, ralentis!” que je lui lance. Les mecs derrière s’esclaffent, et j’en entends un répondre : “T’as raison, elle va nous lâcher..!”

Port-Blanc, 27e km. Regroupement de voitures au bout d’une impasse. Je m’aperçois que beaucoup font comme moi et suivent leur coureur le long du parcours. L’Ile aux Moînes semble toute proche de l’autre côté du bras de mer. Nelly arrive, allure régulière. A ma hauteur je lui lance: “T’as vu comme c’est joli?”. Du tac au tac: “J’ai pas trop le temps de regarder!” me rétorque-t-elle à la volée. Oups! C’est vrai qu’elle n’est pas là pour faire du tourisme…

Je me rends au 32e km à proximité du Moustoir. Là, au bord du grand rond-point un participant du 177 fait une sieste, allongé sur le banc d’un abris de bus. Me rendant sur le sentier côtier, 2 autres du 177, assis à une table de pique-nique discutent de leur job respectif. C’est comme ça à l’Ultra Marin. Ah voilà Nelly qui passe très à l’aise, me fait un signe de la main et n’ayant pas l’air de peiner du tout.

J’ai le temps de me rendre au 39e km à Arradon au pointage no 2. Là plus de monde. La nuit tombe progressivement. Les contrôleurs allument une lampe tempête sous la guitoune et leur lampe frontale. Ils font également signe aux coureurs d’allumer les leurs. D’ailleurs on ne voit plus que des loupiotes sautiller dans le chemin creux qui débouche sur la route, sans reconnaître qui arrive. Finalement Nelly m’a pratiquement dépassé avant que je m’aperçoive que c’était elle. Pour une fois elle se passera de mes encouragements. De toute façon elle semble ne pas en avoir besoin.

Pas de lune, il fait vraiment nuit. Je décide d’aller à Vannes essayer de trouver une place non loin de l’arrivée. Sur l’esplanade, un à un, s’égrène l’arrivée à la fois des participants du 177, du 87, du 56 et de la Marche Nordique. Bientôt c’est Nelly qui franchit la ligne, ne paraissant pas trop éprouvée. Elle est très contente de son temps. Elle pense avoir fait 7h 42′. En réalité le départ ayant été donné avec 3′ de retard en raison du monde sur la route elle a mis 7h 39′ (404e sur 906 partants). Elle s’était donné entre 7 et 8h, donc très satisfaite. Et encore, me dit-elle, il y avait un passage de 300m avec de l’eau jusqu’en dessous des genoux, où il a fallu se déchausser. Mais elle a apprécier ce passage. A la sortie de Conleau, un signaleur lui indique qu’il ne reste plus que 4km. Ce sont ces 4km , pourtant tout droit, tout plat jusqu’au port, qui lui ont paru une éternité, les plus difficiles. Elle s’enquiert de savoir si j’ai vu Yannick. En fait, ayant mis 6h 33′ il est arrivé une bonne heure avant. C’était prévu.

Il est 2h30 du matin. Au point restauration, où la croix-rouge vient récupérer 2 ou 3 personnes ayant un malaise, je lui demande si elle n’est pas trop fatiguée ou mal quelque part. “Non non pas du tout, même pas mal!” me répond-elle, presque étonnée de la question. Il faut vraiment insister pour qu’elle consente à dire que… peut-être.. dans le bas du dos, le camelbag lui cause de la gêne. Bref tout va bien. Nelly est très satisfaite de son challenge, du petit défi qu’elle s’était fixé et qui sait.. si l’année prochaine.. ça donne des idées à certains.

Guy Aillet